
On en parle ensemble
AG de Coop de France Aquitaine
Innover, de la fourchette à la fourche

En consacrant les débats de son assemblée générale à la naissance d’AGRIMIP Sud-Ouest Innovation, Coop de France Aquitaine montre tout l’intérêt que les coopératives agricoles d’Aquitaine portent à l’innovation comme outil stratégique de développement de l’agroalimentaire aquitain.
Dans l’agrochaîne qui va du produit à l’agroressource, il manquait, en Aquitaine, le maillon de l’innovation. C’est aujourd’hui chose faite avec la création d’AGRIMIP Sud-Ouest Innovation présenté devant l’assemblée générale des coopératives agricoles d’Aquitaine, le 4 novembre à BEM (Bordeaux École de Management). Le pôle de compétitivité AGRIMIP créé en Midi-Pyrénées s’élargit au Sud-Ouest.
Une vraie force
En Aquitaine comme en Midi-Pyrénées, « nous croyons fermement que l’innovation se fait via un ancrage territorial : il faut une histoire commune », explique Jean-Pierre Raynaud. Le président de Coop de France Aquitaine fait le constat d’ « un territoire homogène, une vision agricole et agroalimentaire partagée ».
Désormais, « Aquitaine et Midi-Pyrénées savent se décliner en mode Sud-ouest », selon la formule de Jean-Pierre Raynaud qui réaffirme « l’engagement des coopératives d’Aquitaine qui ont œuvré pour que ce projet d’alliance avec Agrimip voie le jour ».
« Nous allons constituer une vraie force avec ce pôle de compétitivité, avec l’idée de trouver un bon équilibre entre pôle agricole et pôle agroalimentaire. Nous trouverons des indicateurs pour démontrer que les projets labellisés sont pertinents et impactants sur l’économie de notre région, en jouant sur l’image favorable de la gastronomie et les produits de notre région Sud-ouest ».
Le concept de Sud-Ouest est légitime : avec près de 200 000 emplois, l’agriculture et l’agro industrie sont le premier employeur industriel de la grande région. Cela représente 11 milliards de chiffre d’affaires pour le seul secteur agroalimentaire et surtout un appareil de recherche-formation important (4,1 milliards de dépenses de R&D, plus de 27 000 chercheurs et 220 000 étudiants).
Pour Thierry Blandinières, président de l’ARDIA (et DG de Maïsadour), c’est « un grand jour » : « la première fois qu’on arrive à rapprocher les deux grandes régions sur un domaine fédérateur », parce qu’elles ont les mêmes valeurs, des entreprises présentes des deux côtés et que le thème de l’innovation les rapproche. Aujourd’hui, l’enjeu est de faire adhérer un maximum d’entreprises, les grandes mais aussi les PME et le TPE qui ont besoin de mutualiser leurs moyens pour l’innovation, les grands groupes jouant le rôle de « grands frères ».
Patrice Roché, directeur du Pôle de Compétitivité, « le plus aquitain des Toulousains », évoque une carte à jouer « extraordinaire » : « l’excellence mondiale de la recherche de ces deux régions ».
Des agrochaînes
Patrice Roché insiste sur « l’obsession » de sa structure : « apporter de la valeur ajoutée sur le territoire, donc à l’agriculteur ». Cela passe par la mise en place d’agrochaînes[1] : depuis l’identification des clients et de leurs besoins jusqu’à la production. Cela concerne la valorisation alimentaire mais aussi non alimentaire.
« Dans notre jargon coopératif, on appelle cela « structurer les filières agricoles et agroalimentaires», précise Jean-Pierre Raynaud : « il manquait ce maillon régional dans le développement économique des coopératives et de leurs filiales… Nos entreprises coopératives et agroalimentaires ont pour la plupart atteint une dimension interrégionale. Nos produits ont une renommée nationale et visent l’international ».
« Pas de salons, pas de grands moyens et de marketing, nous resterons sur des programmes innovants collaboratifs » avec trois axes stratégiques : les analyses (caractérisation, sécurité et traçabilité), les nouveaux procédés de production et de transformation et les marchés (sciences du marketing, sociologie de l’alimentation…).
« En France, nous n’avons pas la culture de la paillasse à l’industrie », regrette Patrice Roché, en montrant un schéma issu… de la NASA.
Objectif : 300 membres
Les chiffres parlent : en 3 ans, le pôle de compétitivité a obtenu près de 50 millions d’euros de subventions. Sur cette somme, aucun euro ne passe par le Pôle, qui ne se paie pas non plus sur le résultat des projets. Patrice Roché insiste : le budget animation du pôle est à 50% minimum d’origine privée, c’est-à-dire des adhésions. Et la structure ne travaille qu’avec ses adhérents. « Nous ne faisons jamais un projet pour répondre à un appel d’offres. Nous le montons et ensuite on regarde où on peut trouver des financements ».
Une assemblée générale du Pôle, au mois de mars prochain, renouvellera la gouvernance. En période de transition, quatre administrateurs représentent le Sud-Ouest : outre Thierry Blandinières, deux directeurs de groupes coopératifs Gilles Bertrandias (Rougeline) et Pierre Couderc (Euralis) et Benoît Fauconneau, président de l’INRA Aquitaine travaillent dès cet automne avec l’équipe en place. Une chargée de mission sera recrutée pour le bureau qui s’ouvre à bordeaux au début 2012.
Applications tous azimuts
Le premier projet mis sur le marché illustre bien ce qu’une innovation peut apporter. Parce qu’un industriel souhaitait enlever les bulles d’air de la colle, un laboratoire toulousain a constaté que la dispersion de ces bulles était tellement aléatoire qu’une start up en a tiré et développé un nouveau produit de "géotraçabilité authentification" innovant qui a intéressé les vignerons de Plaimont. Grâce aux étiquettes à bulles sur les bouteilles, les consommateurs pourront, en les photographiant avec leurs téléphones portables, authentifier le produit et savoir d'où provient précisément son contenu, le tout en moins de deux secondes. La coopérative peut ainsi lutter contre la contrefaçon qui représenterait aujourd’hui 8 à 10% du commerce international et de 20 à 30% pour le vin dans certains pays. Château Margaux et Château Latour utilisent ce code pour la première fois cette saison, a précisé Patrice Roché, convaincu qu’on fera un standard de cette application, pour l’authentification des papiers ou des votes par exemple.
Dans un contexte de diminution des intrants chimiques, Bernard Dumas, chercheur au CNRS, travaille à l’Université Paul Sabatier de Toulouse à la stimulation naturelle des défenses des plantes contre les maladies. Cette recherche, démarrée il y a quelques années, a pris de l’ampleur grâce au pôle de compétitivité, explique-t-il. L’objectif est d’aboutir en 4 ans, de la formulation aux essais au champ et jusqu’à la commercialisation.
Le président d’Agronutrition, Cédric Cabanes, se dit « persuadé que l’innovation est un facteur clé de succès du développement d’une PME », ce que sont les coopératives de taille moyenne. Son entreprise qui conçoit fabrique et commercialise des compléments nutritionnels pour les plantes, a fait un bond en avant en 5 ans, jusqu’à atteindre 19,6 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 71 collaborateurs. Cédric Cabanes témoigne sur la création d’emploi et de valeur que lui a permis cette collaboration avec AGRIMIP : un investissement de 750 000 euros sur trois ans lui a permis d’accéder à 3 millions d’euros.
L’innovation, c’est le « premier étage » du chantier de la future Maison de l’agroalimentaire, a rappelé Jean-Pierre Raynaud qui accueillait Alain Rousset. Le président du Conseil Régional d’Aquitaine « tenait à ce pôle, pour des raisons pragmatiques et stratégiques ». S’il regrette l’échec de Prod’Innov car il jugeait les relations aliments et santé « essentielles », Alain Rousset est satisfait de la mise en route d’AGRIMIP Sud-Ouest Innovation. « Il faut que nos PME deviennent des ETI (entreprise de taille intermédiaire) » insiste-t-il, avec l’objectif de passer de 6000 ETI à 12 à 15000. Et les coopératives sont concernées.
AGRIMIP en chiffres
- 200 projets labellisés ou agréés en trois ans,
- 434,2 millions d’euros d’investissements dont 49,6 millions de subventions obtenues (sur 186,2 sollicités)
- 254 entreprises dont 214 PME,
- 242 organismes de recherche et de formation,
- 18 projets acceptés en FUI (Fonds unique interministériel).
Interventions de Jean-Pierre Raynaud
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